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Grobéty Anne-Lise – La Fiancée d’Hiver

 

Grobéty Anne-Lise – La Fiancée d’Hiver


Quelques textes de La Fiancée d’hiver sont donc des histoires, et des histoires, à l’exception de On n’invente pas des choses comme ça, plutôt singulières : après l’enterrement de sa mère, morte dans un accident de montagne, sa fille laisse éclater sa haine aux yeux de tous; or elle est toujours vivante ! : profitant de la disparition d’une amie, elle a monté de toutes pièces cette farce macabre. (La Mort de Madame de Marlétoz, le seul texte long : une trentaine de pages, les autres tournant autour de la dizaine), un couple isole sa maison par des clôtures et des haies, qui se mettent à croître (Défense d’entrer), la logeuse de W. von Braun enfant qui se livrait à ses premières expériences, se souvient (Wernher von B à Zurich), une postière garde le courrier (Quand Benoîte cueille).
Mais la dominante du recueil n’est pas là, parce que A. L. Grobéty est moins un conteur qu’un auteur de nouvelles-instants : une femme va rejoindre un homme (Scories – “. c’est une journée comme une autre, désaffectée, à remplir de tendresse.”, p.77), lors d’une réunion d’enseignants, l’un d’eux se met à rêver (Procès-verbal de la séance du comité du 18 mai 1984 – “Au stade de l’ordre du jour, déjà, comment faire autrement que de lever les yeux vers la fenêtre, y chercher le secours du rêve, et, alors que le regard pèse dans le vague, y trouver les vagues du brouillard.”, p.154), une femme lit la lettre d’une autre (Lettre de l’inconnue nue à l’homme au complet veston – “J’ai entre les mains l’une de ces lettres mortes qui parlent d’un amour [.] L’instant est un brouillon qui bout depuis si longtemps au bout de la femme bleue léchant l’éprouvette; fait d’abord de l’épouvante peur que nous connaissons déjà, enfant, brûlante au ventre, cette folle angoisse d’être abandonnée ?”, p.115-117), une femme, son travail d’écrivain, sa fille (Mots-plumes – “. j’ai renoncé à être franche jusqu’aujourd’hui.”, p.61), une femme, sa fille (Sale bête bête morte, Matin nain). Des textes que, en raison de la forme choisie, il est difficile de résumer. L’essentiel se trouve dans les mots et non dans les faits.
D’autre part, chez A. L. Grobéty, comme chez beaucoup de nouvellistes de cette fin de siècle, la nouvelle devient une évocation, à la limite un poème en prose : La Fiancée d’hiver, Déclaration d’absences (“D’absences et de vides, nous sommes tissés / ce sont vides et absences qui s’entrelacent pour esquisser notre existence. / Nous sommes une source d’absences, d’abcès éclatés d’où s’écoulent nos regrets. / Nous respirons à petits traits dans le vide de l’espace, chacun sanglé dans son sas, nageant dans le silence / Respiration / superficielle / accélérée / de la mémoire.”, p.189).
Narrées par un “je” qui est une voix de femme, ancrées dans un contexte suisse (mais le social n’intéresse pas l’auteur), axées sur les rapports mère-fille, vues sous un jour bien sombre (on ne doit pas être loin de la confession personnelle : l’auteur est mère de trois filles), refusant le côté morbide des choses qui définit toute la nouvelle suisse pour lui préférer la voie de la vie, donc de l’amour (“Et il lancera vers moi ses deux mains lourdes, ses bras de braises, le feu follet de ses doigts, je parcourrai du bout de mon nez toute l’étendue du champ de ses cheveux mouillés, je ferai les foins avec ma bouche.”, p.75), les nouvelles de La Fiancée d’hiver – superbement écrites a-t-on dû s’en rendre compte – attesteraient presque de l’existence, objet de tant de débats théoriques contradictoires, d’une écriture féminine de la nouvelle.

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